Jacques Bié : le maire de Combleux refuse que la Loire coule sous un nouveau pont
Écrit par Gaëla Messerli   
04-12-2008

Le corps encore endolori, Jacques Bié, le maire de Combleux, scrute la Loire en direction de Saint-Jean-de-Braye, où l'Agglo tente d'imposer un pont. À 70 ans, il ne s'agit pas des marques laissées par le temps, ni d'un rhumatisme lié au climat ligérien. Seulement des courbatures du marathon de La Rochelle auquel participait l'élu... Arrivé dans le premier tiers des Vétérans 4 après 3h42, monsieur le maire ne démérite pas. Pour preuve, celui qui s'est mis au marathon à 67 ans est arrivé 1er de sa catégorie au Mont-Saint-Michel, fin novembre. Il court deux à trois fois par semaine au bord de la Loire. “Son” fleuve. C'est d'ailleurs à 150 mètres de ses rives, à Saint-Ay, que Jacques Bié est né dans une modeste famille. Fils d'un ouvrier solognot et d'une Alsacienne, il est l'aîné de cinq frères. C'est par l'effort et le sacrifice que Jacques Bié devint professeur de mathématiques, dont il aime la rigueur et le raisonnement. De prime abord, on l'imagine pourtant mal exercer la discipline de Pythagore. Lui-même confesse qu'on l'a «toujours pris pour un professeur d'histoire.» Ce côté «bienveillant » lui a parcontre «permis de faire aimer les mathématiques à certains.» Notamment comme enseignant en lycée professionnel de 1968 à 1998, quand il acheva sa carrière à Saint-Jean-de-Braye. Parcours classique de prof', si ce n'est qu'en plus d'avoir été longtemps directeur de centres de vacances avec sa femme l'été en Corse, Jacques Bié a pris part durant deux ans à la guerre d'Algérie. Non loin de la frontière marocaine, le jeune souslieutenant dirigeait un établissement de formation pour la jeunesse locale. «La population m' appréciait et l'on m'a proposé de rester.» Car cet officier de réserve est tout sauf directif. On le lui reproche parfois ; lui assure que cela ne l'empêche pas d'être pugnace. Pourquoi s'est il installé à Combleux en 1973 ? «Parce que j'avais le souvenir du temps où j'habitais à Sully-sur-Loire.

 

Quand nous allions au lycée, les cars faisaient un détour par ici...» Etaussi parce que le lieu lui rappelait beaucoup l'atmosphère d'un petit village. Déjà bien impliqué dans la vie associative, c'est en 1983 que Jacques Bié a été élu adjoint à Combleux. Le maire de l'époque était venu le chercher car «il m'avait vu balayer devant ma porte. Il s'était dit que je devais être quelqu'un de bien car je n'attendais pas que les services municipaux s'en chargent.» Le nouveau venu n'allait plus quitter la mairie dont il est devenu premier magistrat en 1989. En 25 ans, «je n'ai jamais manqué une réunion du conseil municipal» explique celui qui a toujours refusé une quelconque étiquette politique. «Je n'ai jamais voulu être engagé dans un parti et être prisonnier d'un vote», ajoute le maire de cette commune de 432 habitants, «toujours étonné de voir des gens obligés de voter selon une majorité à l'Agglo.»

Vice-président délégué aux espaces ligériens, Jacques Bié y prend néanmoins son rôle à coeur, soutenant «le décrié Inexplosible» et le réaménagement des quais d'Orléans, mais ne comprenant pas «que l'on puisse se contredire en voulant mettre un pont dans le méandre.» Il reste persuadé que ce projet déjà avorté en 1994 n'aboutira pas. Quant au classement du Val de Loire au Patrimoine mondial, «il ne faut pas oublier que c'est à Combleux que le comité est venu en premier, il y a cinq ou six ans.» L'élu n'est donc pas prêt à laisser un pont perturber les 130 hectares de sa commune pendant ce mandat qui pour lui, sera le dernier. «Celui-ci est déjà de trop pour ma femme mais je lui avais dit que tant que je pourrais courir le marathon, je pouvais être maire» commente celui qui après avoir consacré sa vie aux autres, compte occuper sa retraite à «trottiner», faire du jardinage et à surfer... sur Internet !

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