
Le virus de la rougeole, très contagieux, progresse et la coqueluche touche de plus en plus d’adultes... Au lendemain de la semaine de la vaccination, le Dr Thierry Prazuck, chef du service maladies infectieuses et tropicales au CHR d’Orléans, fait le point.
Comment évolue la maladie de la rougeole ?
Depuis 2008, il y a une épidémie assez grave en France (659 cas déclarés sur les trois premiers mois de 2010, selon l’Institut national de veille sanitaire). Rien que la semaine dernière, deux patients âgés entre 30 et 40 ans ont été hospitalisés au CHR d’Orléans, avec des complications respiratoires. Nous rencontrons de plus en plus de cas graves, il y en a déjà eu 6 depuis le début de l’année à Orléans. Le problème c’est que les jeunes médecins généralistes n’ont souvent jamais vu de cas de rougeole, il faut dire que la maladie n’existait presque plus dans les années 90...
Comment expliquer ce phénomène ?
La couverture vaccinale insuffisante ! Sur le plan immunologique, entre 25 et 30% de la population n’est pas protégée. En fait, le vaccin de la rougeole est administré aux enfants âgés de 12 à 15 mois et il fonctionne à 75%. Six mois plus tard, il faut faire un rappel qui vise à augmenter l’efficacité du 1er vaccin à 85%.Mais comme ce n’est pas obligatoire, il y a encore trop peu de rattrapage vaccinal.
Quels sont les signes visibles de la maladie ?
La rougeole se traduit par l’éruption cutanée, derrière les oreilles et descendante progressivement, les yeux qui pleurent et le nez qui coule, de la fièvre... C’est une maladie très immuno-déprimante, elle affaiblit les défenses immunitaires. Dans les cas les plus graves, cela peut entraîner jusqu’à une pneumonie. Elle touche beaucoup les adultes et certaines populations, comme la communauté des gens du voyage, sont plus exposées.
Quel est le conseil que vous donnez pour se prémunir ?
Il faut se faire revacciner quand on est un jeune adulte, d’autant plus que le vaccin est efficace à vie. Et si on a reçu qu’une seule dose de vaccin, il faut faire le rattrapage. Par contre, ceux qui ont déjà eu la rougeole sont immunisés.
Y a-t-il une recrudescence de la coqueluche ?
Oui mais depuis 10 ans, contrairement à la rougeole dont le retour est plus récent. Les enfants sont vaccinés contre la coqueluche mais, jusqu’au début des années 2000, il existait un vaccin qui faisait mal et entraînait les pleurs et effets secondaires. Du coup, on ne faisait pas de rappel, la durée d’efficacité était de 10 ans et à l’âge adulte les gens n’étaient plus immunisés. Il y a ensuite eu un nouveau vaccin, moins fort et à l’efficacité prouvée. Aujourd’hui, la coqueluche touche beaucoup d’adultes, âgés de 40 à 50 ans en moyenne.
Comment se traduit la maladie ?
Quand quelqu’un a une toux sèche qui traîne pendant trois semaines, dans 30% des cas il s’agit de la coqueluche. Mais le diagnostic est encore méconnu, il est ainsi difficile de déceler la maladie.
Quels sont les risques ?
L’enfant n’est vacciné qu’à 3 ou 4 mois, en même temps que pour la diphtérie, la polio et le tétanos. En clair, les bébés ne sont pas protégés. Or s’il est contaminé par un adulte, un bébé peut mourir. La stratégie c’est de revacciner l’enfant à 10 ans, les jeunes femmes lorsqu’elles veulent avoir des enfants et éventuellement les grands parents pour protéger leurs petits enfants.
Êtes-vous confronté à des cas graves dans le Loiret ?
Non, il n’y a pas d’hospitalisation pour la coqueluche mais les médecins en diagnostiquent. Le risque pour l’adulte c’est la dilatation des bronches, des problèmes respiratoires, mais dans la grande majorité des cas, ça guérit. Disons que pendant un mois c’est invalidant, on ne se sent pas bien et fatigué.
Y a-t-il d’autres priorités en matière de vaccination ?
Oui, la méningite C qui touche les enfants et les jeunes adultes est un problème croissant. Jusqu’à aujourd’hui nous étions surtout confrontés à la méningite B, mais la C qui était présente en Angleterre, en Espagne et en Belgique, notamment, est arrivée en France. En moyenne, il y a une hospitalisation par mois à l’hôpital d’Orléans, il est donc vivement recommandé de faire vacciner les enfants, d’autant que depuis quelques jours le vaccin, qui coûtait environ 80 euros, est remboursé par la sécurité sociale.




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