| Les élus locaux confrontés aux délocalisations d’entreprises |
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| Écrit par Charles Centofanti | |||||||
| 05-11-2009 | |||||||
Gemalto, Novartis, Mc Neil, 3M Santé,
Rohm and Haas, Alcatel et maintenant
Lexmark… Les cas de «licenciements
financiers», selon les syndicats, de «restructurations
», selon le patronat, se suivent et se ressemblent
dans le Loiret. Certaines de ces entreprises,
c’est le cas en ce moment de Lexmark à
Orléans et de Rohm and Haas à Semoy, quittent
progressivement le Loiret pour développer leur
activité dans d’autres pays à la recherche d’économies
de structure et de main-d’oeuvre.
Problème : Si les entreprises n’ont pas reçu de
subventions des collectivités, les élus sont
impuissants. Pour tenter d'inverser la tendance,
certains réclament un durcissement de la loi,
d’autres préconisent le boycott des produits des
entreprises qui ne jouent pas le jeu.
Chez Lexmark à Orléans, le dégoût est profond
depuis l’annonce de 117 licenciements secs sur
220 postes en 2010. Les salariés sont d’autant
plus remontés qu’ils ne comprennent pas le
déménagement en avril 2009 de Boigny-sur-
Bionne pour devenir locataire dans un immeuble
flambant neuf cité Coligny. Ils estiment que la
crise – réelle – du secteur de l’impression a bon
dos. Philippe Dumoulin, le directeur du site, rappelle
la baisse de 19% du chiffre d’affaires en
2009, mais les salariés constatent que depuis le
plan de licenciements de 2007 des Hongrois
viennent se former à Orléans… avant de repartir
vers le centre supports de Budapest. «Les 150
emplois supprimés en 2009/2010 ont été
recréés à 100% en Hongrie. Lexmark ne
dégraisse pas mais délocalise alors que l'entreprise
gagne de l'argent !», dénonce François
Huguet, délégué FO.
«C’est un raisonnement de
comptable, Lexmark veut aller à Budapest car
les salaires y sont moins élevés. Mais en France
la productivité et l’expertise sont bonnes. Au
final, ils seront sans doute obligés d’embaucher
plus de salariés, c’est un mauvais choix stratégique
», critique Jean-Philippe Grand, conseiller
municipal (Verts) d’Orléans. Signe que les délocalisations
échappent aux élus, à gauche
comme à droite, la colère domine. Serge
Grouard, député maire (UMP) d’Orléans,
condamne «l’attitude lamentable» des dirigeants
internationaux de Lexmark et regrette que «de
grandes décisions se prennent dans une nébuleuse
que personne ne maîtrise». Charles-Eric
Lemaignen, président (UMP) de l’AgglO, n’est
pas plus tendre sur le dossier : «Lexmark n’a pas
reçu de subvention mais on ne peut pas accepter
qu’une boîte internationale choisisse de créer
un établissement en Hongrie pour la même activité.
Il y a un mépris humain, la décision a été
prise à Lexington. 90% des salariés sont des
cadres qui ont de vraies compétences, nous
devons nous battre pour conserver les emplois
restants sur le territoire.»
Des négociations sont
en cours pour qu'une partie des cadres licenciés
puissent intégrer le pôle d'excellence Nekoé,
spécialisé dans l'innovation par les services...
Car c'est un des enjeux majeurs pour que le territoire
reste compétitif : éviter la fuite de matières
grises. Bruno Rousselet, directeur général de
l’Agence de développement économique du
Loiret (ADEL), est plus nuancé : «Je partage l’indignation
car c’est annoncé subitement mais
Lexmark arrive à la fin d’un cycle, le marché se
déplace. A l’origine, il faut se rappeler qu’il s’agit
d’une externalisation d’une activité d’IBM.
Aujourd’hui, avec le taux important d’équipement
en ordinateurs, la croissance pour l’entreprise
est dans les pays émergents.» A Ormes,
les salariés de l’équipementier télécom Alcatel-
Lucent ont bloqué l’entrée du site jeudi 29 octobre,
pour protester contre le plan social annoncé
et les 47 emplois menacés (sur 450). «Notre
plus grande crainte repose sur les externalisations
rampantes», explique Eric Petit, délégué
CFDT. «Actuellement la direction fait venir des
stagiaires d’Inde, d'Égypte, du Maroc ou de
Roumanie et ils repartent avec la gestion des
contrats !» Les salariés prévoient de débrayer à
nouveau mercredi 4 novembre. Chez Rohm and
Haas (90 salariés) à Semoy, racheté par le
groupe américain Dow Chemical, le moral n’est
guère meilleur, dans la perspective de la fermeture
du site fin 2010 : «Les carnets de commande
sont remplis et nous sommes impuissants
!
Ils veulent délocaliser le business en
Italie, en Allemagne et aux États-Unis. La crise
c’est de la foutaise quand on voit ce que les
actionnaires se mettent dans les poches !»,
dénonce Christian Herpin, délégué CFDT.
Christian Siest, le directeur du site, séquestré
pendant 20 heures début octobre, estime qu'il ne
s'agit pas de délocalisations mais d'un ajustement
à la situation économique : «L'ensemble
des activités de fabrication d'adhésifs décline à
Semoy et dans nos deux usines en Italie. Nous
avons fait une étude financière et il a été décidé
de fermer Semoy avec peut-être une reprise partielle
d'activité pour 20 salariés, nous le saurons
la semaine prochaine. Les carnets de commande
ne sont pas plein. La réalité c'est que les
activités ont chuté de 60% en début d'année et
qu'on est plus qu'à 30% actuellement.»
Les solutions ? «Interdire les licenciements !»,
clame Pierre De Freitas, secrétaire départemental
du Parti ouvrier indépendant (POI) du Loiret.
Marc Brynhole, conseiller régional (PCF) milite,
lui, pour une loi suspensive aux licenciements
«dans les entreprises qui auraient versé des dividendes
l’année d’avant». «Notre législation
devrait comprendre des clauses beaucoup plus
contraignantes pour les licenciements boursiers
ou financiers», indique Jean-Pierre Sueur, sénateur
(PS) du Loiret, favorable à des contreparties
dissuasives. Jean-Philippe Grand préconise un
moyen de protestation à la portée de tous : le
boycott des produits d’une entreprise comme
Lexmark. «Il n’y a pas de raison que les Français
achètent. Une société qui veut vendre en France
doit créer des emplois !» Mais certains sont déjà
résignés : «après le naufrage de l'Erika est-ce
que les gens ont boycotté Total ?», interroge un
syndicaliste.
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