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Jean-Marie Blas de Roblès : un écrivain sur la route du Goncourt Version imprimable Votre email
Écrit par Gaëla Messerli   
23-10-2008

La mer et «le sentiment qu’il se passait quelque chose de grave» : tel est le souvenir que Jean-Marie Blas de Roblès, écrivain vivant à Orléans, garde de l’Algérie. Là où les tigres sont chez eux, son dernier livre, lui a valu le prix Jean Giono et celui du roman Fnac... Peut-être lui fera-t-il accéder au Goncourt dans quelques semaines, s'il atteint l'ultime sélection qui n'était pas encore connue à l'heure de la publication. Cette attente n'inquiète pas vraiment l'intéressé, déjà content du succès que rencontre son livre. Ce Français d’Algérie, né en 1954 à Sidi-Bel-
Abbès, a connu des heures moins agréables. Jean-Marie Blas de Roblès se rappelle être devenu adulte à huit ans quand son père, demeuré de l'autre côté de la Méditerranée, lui a confié ses deux petites soeurs et sa mère lors de leur départ pour la France. L’arrivée sur le sol d’Épinal ne fut pas un moment de joie : moins 20°C, le froid, la grisaille sans parler de mauvais souvenirs de classe liés au fait d’être l’éternel nouveau. L’enfance de Jean-Marie Roblès -Blas de Roblès est un clin d’oeil à l’éditeur de Cervantès- fut vite marquée par la prise de conscience des responsabilités. Ce fils de chirurgien a connu l’errance de ville en ville, jusqu’au jour où son père finit par renoncer à son métier pour devenir généraliste. «Mon souvenir le plus marquant de cette époque est le jour où mes parents nous ont annoncé que nous ne mangerions plus le soir et prendrions un café au lait…» évoque celui qui a encore du mal a se considérer comme écrivain. «Au bout de deux ans, cela s’est stabilisé et nous avons eu une enfance dorée.» Ce père dont il admire l’utile métier, lui fera le plus beau cadeau : la possibilité d’avoir un compte en librairie afin d’acheter les livres qu’il désirait. Un goût de liberté que l’on retrouve à travers les études. Séduit par son professeur de terminale, Jean-Marie Roblès se met à la philosophie, au grand dam de son père qui le voyait faire science po’. Mais voilà, le jeune homme voulait déjà être écrivain. «À neuf ans, j’écrivais des feuilletons pour mes soeurs ; à treize ans, des poèmes. En terminale, c’était devenu vital» explique celui pour qui l’écriture relève d’une nécessité et non d’un métier.

Et qui confesse pouvoir ne pas écrire pendant dix ans. Avant d’être écrivain, l’homme fut d’ailleurs professeur. «J’ai haï l’enseignement de la philosophie en lycée, je ne l’ai fait qu’un an.» Par chance, il trouve la parade en enseignant à l’étranger au Brésil, au Vietnam… Cette solution lui laisse un peu de temps pour écrire son premier recueil de nouvelles, La mémoire du riz, en 1982 et un roman en 1987 : L’Impudeur des choses. Pour son troisième opus romanesque, Là où les tigres sont chez eux, apparaît cependant le besoin de s’y consacrer totalement. «Il me fallait m’y plonger pendant huit heures par jour, sinon j’aurais mis vingt ans à l’écrire. J’ai eu la chance d’avoir une femme qui le comprenne et de toujours l’avoir !» ajoute celui qui est devenu père au foyer. Partageant son temps entre son bureau, aux allures de cabinet de curiosités plongé dans l’obscurité, et les horaires de ses trois garçons, Jean-Marie Roblès a deux vies. Là où les tigres sont chez eux, est né dans son esprit au cours des années 80, avec le jésuite Athanase Kircher et une plongée dans des documents du XVIIe siècle. «Un siècle qui a des similitudes avec le notre, avec ses guerres de religion, l’esprit scientifique… » Le titre est quant à lui une référence à Borges, évoquant ici une allégorie de la vérité qui se montre et se cache. Pour cet archéologue de terrain qui a fouillé pendant vingt ans pour la mission archéologique française et qui dirige une collection consacrée à ce domaine, l’arrivée en terre orléanaise est liée au métier de Laurence, son épouse. Cadre dans le secteur bancaire, celle-ci est obligée de changer de poste tous les deux à cinq ans . Aujourd’hui, Jean-Marie Blas de Roblès, entre ce qu’il nomme le «cirque médiatique lié aux prix littéraires» et les expéditions lointaines, a commencé d’écrire son prochain roman, quittant ainsi le XVIIe siècle. Mais bien qu’Athanase Kircher ne soit plus présent dans son nouveau récit, il n’a pas encore quitté son auteur. «C’est dix ans de ma vie. J’ai appris à apprécier Kircher malgré ses défauts. Je vis avec mes personnages dans la journée et le soir, avec ma famille…»

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