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André Fort : sa guerre pour la paix est née des souffrances de l'Occupation Version imprimable Votre email
15-05-2008

De l’aveu même de l’intéressé, on dit André Fort « un peu sauvage. » La faute sans doute à une apparence quelque peu sévère, que vient rehausser la solennité de sa charge. Dans la quiétude de son bureau, l’évêque du diocèse d’Orléans se révèle pourtant d’une grande sensibilité. « Emotif » même, depuis qu’est née en lui l’impérieuse obligation d’entrer en religion. Il y a plus de 60 ans, pour échapper aux privations de l’Occupation, André Fort et ses quatre frères et soeurs quittent le modeste domicile familial de Châlon-sur-Saône pour être placés chez des parents résidant à la campagne. À pas encore 10 ans, la blessure est double pour le jeune André qui du même coup, se trouve séparé de son frère jumeau.

Enfant de choeur, les obsèques des combattants de la Libération scellent définitivement sa révolte face aux violences de toutes sortes. « J’ai connu ce que la guerre impose comme souffrance », témoigne celui qui en 1956, a dû interrompre ses études de séminariste pour être mobilisé en Algérie. De ces deux ans et demi passés dans l’état-major de l’Armée de l’air, André Fort a tiré la conviction que « les hommes n’étaient pas encore assez nombreux à croire dans le message de paix de l’Evangile. »

On fait humblement remarquer au 124e évêque d’Orléans que l’Histoire recèle maints exemples où les guerres ont eu pour cause des divergences religieuses... « Cette question m’a beaucoup interpellé » admet-il, néanmoins persuadé qu’« on n’a jamais combattu pour un dogme religieux, mais uniquement pour le pouvoir en prétextant la religion. » André Fort n’a jamais abandonné sa conviction selon laquelle tout conflit prend racine « dans le coeur de l’homme » et naît « de l’humiliation et de l’injustice », ditil en faisant rouler les “r” avec son accent bourguignon.

Celui de la Saône-et-Loire, où il est né et a accompli les 33 premières années de sa cléricature. Comment ce titulaire de deux licences -théologie et sciences naturelles- conciliait-il ces matières quand il commença par enseigner la seconde au petit séminaire de Rimont ? « La religion est faite pour apporter la connaissance de qui est Dieu pour nous et qui sommes-nous pour lui. » Hors de ça, « le Christ ne nous a pas apporté l’Aspirine et les antibiotiques ! », répond catégoriquement André Fort. Lui qui ne se revendique d’aucun courant particulier au sein de l’Eglise catholique, fait preuve de la même liberté de ton et d’esprit quand il aborde les questions de société. À commencer par l’éducation car rien n’hérisse davantage l’évêque d’Orléans qu’« à force de disqualifier l’autorité, on fasse croire aux jeunes qu’ils peuvent se construire par eux-mêmes et sans référence aux adultes. »

Quant à savoir s’il est radicalement contre l’avortement, André Fort commence par affirmer que « tous les moyens doivent être pris pour l’éviter car il fait deux victimes » : l’enfant et la femme, qui subit-là « une violence. » Tout en estimant que « tout doit être fait pour que l’avortement ne soit pas banalisé », le prélat finit par se dire « pas contre les personnes qui avortent. » Car André Fort a érigé le respect des consciences et du libre-arbitre en sacrosaints principes, lui pour qui « celui qui veut imposer l’amour n’obtient que du mépris. » Et qui cite Platon quand il affirme que « la vérité ne demande pas à être défendue mais à être servie, car sa force est qu’elle est la vérité. »

Pierre Donard

Venu du même quartier que Rachida Dati !

Ça n’était pas la première fois qu’André Fort rencontrait Rachida Dati le 1er mai dernier, à l’occasion de la venue de la Garde des sceaux pour présider les Fêtes johanniques. Et pour cause : « Je l’ai connue petite fille quand elle fréquentait l’école tenue par les soeurs carmélites du Devoir à Châlon-sur-Saône », raconte celui qui à l’époque, enseignait la biologie et la chimie au lycée de la Colombière. À l’époque, fin des années 60, la famille Dati habitait quartier des Prés-Saint-Jean... pas très loin de là où André Fort avait passé son enfance.

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