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L’électricité nécessaire à 80 000 habitants. Voilà ce que sont capables de produire les éoliennes en service dans le Loiret. Au total 32 machines, dont six seront bientôt opérationnelles à Bazoches-les-Gallerandes, dans le Pithiverais. Toutes situées dans la plaine de Beauce. « Et 21 autres ont été autorisées », indique le responsable du service de l’urbanisme et de l’aménagement durable à la DDE du Loiret. Représentant un total de 66 machines, « neuf dossiers sont également en cours d’instruction », poursuit Didier Caisey.
De quoi porter la puissance du parc éolien du Loiret à plus de 240 mégawatts-heure -Mw/h-, au lieu des 110 déjà réalisés ou autorisés. Potentiellement du moins, car il est probable que le vent va rapidement s’avérer moins favorable aux futurs porteurs de projets. Comme il l’a indiqué à la mi-février dans un courrier aux maires du département, le préfet et ses services comptent éviter le « réel risque de saturation visuelle » attaché selon eux aux éoliennes. Fini le temps où les promoteurs de cette énergie faisaient miroiter aux élus la promesse d’autobus remplis de touristes, venus admirer ces nouveaux géants des plaines.
Depuis le 13 juillet 2007, les demandes de permis de construire doivent obligatoirement concerner une zone de développement de l’éolien -ZDE- pour bénéficier du très avantageux tarif auquel EDF est tenu de racheter l’électricité d’origine éolienne. Soit 82,8 € le Mw/h durant 10 ans -au minimum six fois plus que le coût facturé aux particuliers-, puis 28 à 82 € les cinq années suivantes. Or à l’heure actuelle dans le Loiret, l’Etat n’a autorisé qu’une ZDE : celle de Sceaux-du-Gâtinais, au Nord-Est, à la limite de la Seine-et-Marne. « Une autre est à l’étude sur la communauté de communes de Sermaises », à 15km au Nord de Pithiviers, indique Didier Caisey. Ces prochains mois et sur les neuf parcs en cours d’instruction, « de nouveaux refus de permis de construire vont sans doute s’ajouter aux trois recalés jusqu’ici », poursuit le chef de service de la DDE. Même si la grande majorité des porteurs de projets se sont empressés de déposer leurs demandes avant le 13 juillet. Car l’obligation d’implanter des éoliennes dans une ZDE ne concerne pas les dossiers déposés avant cette date !
Les services de l’Etat posent désormais la nécessité de ménager des « espaces de respiration » entre les zones où des parcs éoliens ont déjà été autorisés dans le Loiret. Naturels ou historiques, certains sites de la Beauce ou du Gâtinais « devront par précaution être préservés », ajoute encore la note d’orientations que la préfecture a adressée aux élus locaux. Début mars, ses services ont ainsi refusé l’implantation de six éoliennes de 140m de haut - pales comprises- au Nord-Est de Pithiviers. Précisément à Aulnay-la-Rivière, du fait du classement de la haute vallée de l’Essonne au titre de la directive européenne Natura 2000, ainsi que des proches vestiges de la forteresse médiévale de Yèvre-le-Châtel.
Sans compter que « considérant l’atteinte potentielle à la sécurité aérienne » et les perturbations causées aux radars, toute implantation d’éolienne est désormais exclue à 20km autour de la base militaire de Bricy. Les développeurs doivent donc regarder vers le Pithiverais et le Gâtinais. De fait, « un nombre croissant de sites sont prospectés depuis un an à l’Est du département », observe t-on à la DDE. Des zones certes moins venteuses que la Grande Beauce, mais de plus en plus rentables au fur et à mesure des progrès réalisés par les constructeurs d’éoliennes. Il n’est en particulier pas exclu de voir des ZDE créées le long de la future autoroute A 19...
Pierre Donard
Du vent qui peut rapporter gros... Il est un peu tôt pour évaluer le rendement des éoliennes implantées dans le Loiret. Les premières ont en effet été mises en service fin 2006 à Tournoisis, à 30km au Nord-Ouest d’Orléans. Chez Tencia, Jérôme Pagès prévoit « un retour moyen sur investissement d’environ 15 ans » pour les six machines que cette société doit installer en fin d’année à Charmont-en-Beauce, à l’Ouest de Pithiviers. La filiale d’Alstom espère même rentabiliser dans des délais plus brefs son investissement d’environ 20 millions d’euros. Soit « après 10 à 12 ans », sachant que la longévité des éoliennes est actuellement donnée pour 20 ans. La Beauce présente en effet nombre d’avantages aux yeux des promoteurs éoliens. « Le vent y est régulier du fait du relief plat, mais aussi de la rareté des bois et de l’habitat », explique le chargé de projet cité. Autant d’éléments qui font que pour les spécialistes, la “rugosité au sol” s’y trouve très faible et limite les contraintes mécaniques que le vent impose aux machines. « D’où des coûts de maintenance inférieurs à des régions où le vent souffle souvent en rafales », compare Jérôme Pagès. Et l’espoir d’accroître la durée de vie des éoliennes. Côté taxe professionnelle, les bénéfices se sont déjà fait sentir sur la commune de Tournoisis. L’an passé, ses dix machines « nous ont rapporté 130 000 euros supplémentaires », y indique-t-on en mairie. L’année précédente, ce village de 320 habitants n’avait perçu que... 23 000 € de taxe professionnelle. Une manne « qui tombe bien », poursuit l’employé interrogé. « Nous étions en train de refaire le réseau d’alimentation en eau. » Les communes ne sont pas les seules à jouer mistral gagnant. En Beauce, les propriétaires fonciers ont su faire jouer la concurrence entre développeurs de projets pour faire grimper les enchères. De 1000 € par an et par éolienne, la redevance peut désormais atteindre le triple.
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