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Jussie : les experts estiment qu'il faudra s'y habituer... Version imprimable Votre email
24-07-2008

Le canal d'Orléans devenu bac à jussie : l'image reste gravée dans les esprits et ne semble pas prête de s'estomper dans le Loiret... Au point que le problème est suivi par le réseau "Plantes envahissantes" créé il y a moins de deux ans à l'initiative de l'agence de l'eau Loire Bretagne. «La jussie s'étend, elle est présente sur la Sologne et le Val de Loire» explique Jordane Cordier, directrice du Conservatoire botanique national du Bassin parisien. «Il y a six ans, on ne la connaissait pas en amont d'Orléans.» Pire, «il y a une telle propagation que l'on ne peut pas, avec les moyens que nous avons aujourd'hui, supprimer la jussie. Il est possible seulement de l'endiguer localement.» Un combat difficile car cette belle plante originaire d'Amérique du Sud -dont les deux variétés existantes ont été introduites en France vers 1830 et sont interdites à la vente depuis 2007- aime les milieux humides. Elle pousse sur les plans d'eau comme sur les cours d'eau et parfois même les prairies humides. La seule intervention efficace à l'heure actuelle est l'arrachage manuel sur des sites peu touchés. Du moins s'il est pratiqué tôt et en prenant garde à ne pas disséminer des débris de jussie car cela suffit à sa prolifération. «Plus le problème est traité de manière précoce, moins c'est coûteux», ajoute Jordane Cordier.

Il faut en effet compter une moyenne de 850 € par tonne pour un arrachage manuel, voire plus de 8000 € quand la jussie est éparse.* Les moyens actuellement connus pour éliminer cette plante exotique sont en effet limités. Le bâchage n'est possible que sur de petites surfaces. L'utilisation de produits chimiques pourrait quant à elle être «pire que le mal» commente Séverine Gagnol, en charge de l'unité opérationnelle interdépartementale des Travaux Loire à la DDE du Loiret. Reste la solution des prédateurs. Seulement, «des études montrent que les seuls que l'on connaît aujourd'hui à la jussie sont ceux de son milieu d'origine», observe Frédéric Breton, le directeur du Conservatoire du patrimoine naturel de la région Centre. «Cela reviendrait à introduire d'autres espèces invasives comme le ragondin.» Face à la prolifération de la jussie, la DDE de l'équipement du Loiret a tout de même lancé depuis 2007 deux chantiers expérimentaux d'élimination de la plante.

L'un à St-Jean-de-la-Ruelle et l'autre à Ouzouer-sur-Loire, tous deux ont été confiés au bureau d'étude écologique “Biotope”. Compte tenu de la hauteur de la Loire, seul le second a toutefois pu être mis en place avec une méthode d'arrachage manuel. Les premiers résultats devrait être connus à la mi-septembre. Le chantier de St-Jean-de-la- Ruelle sera effectué quant à lui de manière mécanique avec une finition manuelle comme cela avait été le cas sur le canal d'Orléans. Lequel est toujours sous surveillance, car la jussie pousse du printemps jusqu'à septembre. Pour Jordane Cordier comme Frédéric Breton, «il faut s'habituer à voir la jussie tout le long de la Loire.» Le second estime même qu'il est urgent de se concentrer sur la lutte d'autres espèces envahissantes moins implantées que la jussie. Par exemple le myriophille... du Brésil

Gaëla Messerli

*Source : Bilan économique 2007 de la gestion des plantes envahissantes dans le Bassin Loire- Bretagne.

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