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Si Orléans était un fromage, il s'agirait à coup sûr d'une meule d'emmental. Car c'est peu dire que son sous-sol se trouve parsemé, truffé même, d'anciennes carrières. «toutes sont au Nord de la Loire et leur profondeur augmente au fur et à mesure que l'on s'éloigne du fleuve, pour suivre le banc calcaire qu'on y exploitait», décrit Imed Ksibi à la Direction du Développement durable de la mairie. Combien sont-elles au juste ? L'Atlas des carrières souterraines connues et recensées d'Orléans «en comptabilise entre 450 et 500», fait savoir le technicien cité. Encore ce document ne concerne t-il «que les cavités visitables» et identifiées par des documents d'archives. Le problème est que ces derniers ont en partie brûlé lors des deux bombardements qui en 1940 et 1944, ont meurtri la cité johannique. Et depuis que leur exploitation a cessé il y a près d'un siècle, nombreuses sont les carrières qui ont été condamnées, disparaissant ainsi de la mémoire collective. Tant et si bien qu'Imed Ksibi estime «guère étonnante» la probabilité d'après laquelle Orléans compte «entre 700 et 800» de ces cavités. Un héritage, certes, mais aussi une lourde charge sur les épaules de la commune. Même maîtrisés, les risques d'effondrement existent en effet bel et bien. Jamais encore «il n'y a eu de maisons écroulées», tempère t-on à la direction du Développement durable d'Orléans.
Cela a tout de même été le cas de plusieurs jardins, comme par exemple rue de l'Argonne en 2001, lorsqu'un carré de plusieurs mètres de côté a chuté au fond d'une carrière située une dizaine de mètres plus bas. Certaines chaussées ont connu le même sort. Nombreux sont ceux qui se souviennent en particulier d'un l'affaissement survenu sur quelques mètres de la rue Jeanned'Arc en 1997. À chaque fois la conséquence «d'un éboulement du toit couronnant la carrière et qui progressivement, remonte vers la surface », décrit Imed Ksibi. Autrement dit un fontis, très souvent provoqué par les infiltrations des eaux de pluie, voire celles consécutives à des fuites sur les réseaux d'adduction d'eau. Un certain temps est nécessaire avant qu'une cavité ne cause des problèmes en surface, dans la mesure ou toutes sont comprises entre 8m et 16m de profondeur.
Dans les années 1990, la Ville d'Orléans a quand même instauré une gestion du risque d'effondrement des carrières souterraines. L'action consiste à recenser les cavités, mais aussi, précise le technicien cité, «à les visiter pour prévenir tout éventuel danger.» Elle butte toutefois sur deux obstacles. D'abord le fait que beaucoup de carrières restent inconnues à ce jour. Et aussi le fait que parmi celles repérées, «près de la moitié ne sont pas visitables » depuis que leurs puits d’accès ont été condamnés, indique Imed Ksibi. Sauf à jouer du marteau-piqueur pour s'y frayer un passage, il n'y a donc «pas grand chose à faire» dans leur cas. Sinon, ajoute l'ingénieur de la Ville d'Orléans, celui «de réagir le plus vite possible» en cas de
signes d'affaissement...
Comblement : après le béton, la mousse...
IIl y a peu, les possibilités de combler une ancienne carrière étaient particulièrement restreintes. La seule solution était d’y couler un béton très liquide. Des travaux particulièrement lourds et coûteux, puisqu'il faut d'abord creuser des puits d'injection au droit de chaque cavité à remplir. En 2004, il en a coûté plus de 300 000 € à la mairie d’Orléans pour combler une ancienne carrière sous la rue Eugène-Fousset et l'impasse de la Ruche -dans le quartier de la gare-. La Ville a dû couler ... 800 m3 de béton pour en consolider les partie les plus dangereuses, après qu'un
fontis s'était déclaré sous la maternelle René- Thinat. Depuis, une autre technique a fait son apparition. Elle consiste à utiliser une mousse de
polyuréthane qui une fois projetée à l'intérieur des cavités, durcit presqu'immédiatement. La Ville d'Orléans a fait appel à cette technique début
novembre, pour combler une ancienne carrière qui présentait elle aussi des risques d'effondrement. Cette fois dans le quartier des Acacias.
Dans ce cas, plus question de puits à forer. «À l'aide de deux spéléologues, décrit Imed Ksibi, il a suffi d'amener les tubes d'injection dans les
cavités à combler.» Et il n'y a eu besoin que de quatre petits jours pour épandre 370 m3 de mousse, là où quatre mois avaient été nécessaires
rue Eugène-Fousset. Seulement, prévient Imed Ksibi «cette méthode n'est pas utilisable quand il existe des bâtiments en surface ou que
le terrain est voué à être bâti.» Dans ce cas, le bétonnage des cavités demeure la seule solution viable. Les constructions neuves, quand les
études de sol l’estiment nécessaire, doivent pour leur part reposer sur des colonnes en béton coulées sur toute la hauteur des carrières.
Reste à savoir à qui revient le coût des travaux, quand ces derniers s'avèrent indispensables… Comme le rappelle Imed Ksibi, le Code civil est
clair : «Le propriétaire du sol est aussi celui du sous-sol.» L’aménagement et l’entretien des carrières -en particulier leur ventilation, pour éviter
l’humidité qui favorise la formation de fontis- est à sa charge. Et en cas de vente d’un bien immobilier, «les notaires sont tenus de joindre à l’acte de vente une pièce qui mentionne le risque de cavités ou d’inondation», souligne Jean-Pierre Leprêtre, qui dirige le service géologique du
Centre au BRGM*. Reste tout de même le cas des nombreuses carrières dont plus personne ne connaît l’existence et qui du coup, sont considérées comme “orphelines” de tout propriétaire. Cela a été le cas en 2004, quand la mairie d’Orléans, comme évoqué plus haut, a comblé
les anciennes carrières de la rue Eugène- Fousset. Elle s’est ensuite retournée vers les propriétaires situés au-dessus, six au total, pour leur
faire supporter le coût de l’opération, arguant du fait qu’elle avait dû prendre un arrêté de péril imminent leur prescrivant de faire cesser le danger
d’affaissement. Sauf que comme l’a statué fin 2004 le Tribunal administratif d’Orléans, ces dispositions «ne sont pas applicables au cas où la
ruine dont est menacée l’immeuble est la conséquence d’accidents naturels» tels que les éboulements survenus dans les cavités inaccessibles. C’est dont peu dire que les carrières peuvent donner lieu à de sérieux vides juridiques…
*BRGM : Bureau de recherches géologiques et minières.
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