
Christian Lajoux,
62 ans, président de Sanofi-
Aventis France* réélu le 15 juin
président du LEEM qui regroupe
les entreprises du médicament,
est l’invité d’honneur de l’Agence
de développement économique
du Loiret (ADEL) à l’occasion de
son assemblée générale, jeudi 24
juin à Sully-sur-Loire. Entretien.
Quel est l’avenir de l’industrie pharmaceutique
en région Centre ?
Le Centre compte 8700 salariés dans l’industrie
pharmaceutique et une soixantaine de sociétés,
autant dire que la région est importante ! Le
Loiret est un département qui a un poids notable
avec des implantations historiques telles que
Servier, Pierre Fabre Médicament, Sanofi... Mais
la région Centre, qui reste un lieu de fabrication
«classique», doit prendre le virage des biotechnologies.
Il y a une impulsion à rechercher.
Globalement, c’est le pays tout entier qui doit
prendre ce virage. Mais disons que par rapport à
la région lyonnaise, la région Centre a un peu de
retard car elle s’est construite autour de l’industrie
chimique et non du vaccin. Le fait d’avoir des
entreprises périphériques dans la cosmétologie
est un bon choix, il faudrait l’enrichir !
La Recherche coûte de plus en plus cher
et le développement des génériques pose
problème... Comment le secteur doit-il
s’adapter pour continuer à prospérer ?
Nous devons investir dans la Recherche à un
moment où l’on assiste à une révolution scientifique
sur la connaissance des maladies. Ce qui
nous amène à revoir nos process. Demain, nous
irons vers une médecine préventive et individualisée,
c’est le corollaire des médicaments biotechnologiques.
Le médicament «blockbuster»
touche à sa fin ou sa raréfaction. Sachant qu’il
faut entre 800 millions et un milliard d’euros
pour développer un médicament, il faudra trouver
un retour sur investissement. Il va falloir être
productif en Recherche et, aussi, trouver un système
de remboursement adéquat...
La France demeure-t-elle dynamique ou
est-elle en train de perdre du terrain ?
A l’image du Loiret, la France est un pays de production,
le 1er producteur de médicaments en
Europe et le 1er exportateur devant l’Allemagne,
avec un excédent commercial du médicament
de 7 milliards d’euros. En revanche, la France
doit recoller au peloton de tête en matière de
biotechnologies et de Recherche, les États-Unis
sont loin devant, de même que l’Angleterre et
l’Allemagne. En 2004, nous avons mis en place le
Conseil stratégique des industrie de santé pour
définir les moyens d’atteindre une préoccupation
majeure : booster la coopération public/
privé.
Sur quels secteurs la France tire
son épingle du jeu ?
La France est le plus grand pays au monde du
vaccin, porté par le dynamisme de Lyon et du
Val-de-Reuil (Eure). Nous avons également un
leadership fort sur l’insulinothérapie et dans
le domaine du cancer et des maladies cardiovasculaires.
... et sur quels secteurs est-elle moins
bonne ?
La Recherche et aussi la production des biotechnologies.
Nous devons accélérer l’implantation
de sites de productions de médicaments biotechnologiques.
La contrefaçon est-elle toujours en
expansion ?
C’est un fléau dans le monde avec entre 8 et
10% des médicaments contrefaits. Soit ils ne
contiennent rien, soit des substances nocives ou
mal dosées. Dans tous les cas, c’est un crime !
La France est plutôt protégée avec son réseau
de 23 000 officines qui assure la traçabilité et
des grossistes répartiteurs qui sont un rempart
à la circulation de médicaments contrefaits.
Ce qui n’empêche pas de retrouver des containers
à Roissy, zone de transit. Internet est le
meilleur pourvoyeur en la matière : un médicament
sur deux achetés est contrefait !
Combien coûte un brevet ?
Entre 500 et 1000€ mais il faut savoir qu’un
médicament représente des dizaines de brevet,
ne serait-ce que pour la molécule, le processus
industriel... Mais les brevets sont une protection
et une condition d’existence. La durée d’un brevet
est de 20 ans mais il faut 10 ans de recherche...
Au final, la protection brevetaire dure de
8 à 10 ans.
Les critiques sont persistantes à l’encontre
de l’industrie pharmaceutique,
comment l’expliquez-vous ?
C’est infondé ! La mission de l’industrie pharmaceutique
c’est de soigner les malades. Pour
prendre l’exemple du Sida, des progrès considérables
ont été faits pour permettre aux malades
de vivre à peu près correctement alors qu’ils
mouraient rapidement dans les années 80. Pour
le cancer, on estime qu’un malade sur deux peut
être guéri. L’industrie fait reculer la maladie.
L’industrie pharmaceutique n’a-t-elle pas
voulu faire du business avec la grippe A ?
Le couac c’est que la pandémie a été moins
forte que prévue, il faut s’en réjouir. Ce débat est
facile après coup mais les commandes de vaccins
n’ont pas été anormales, par rapport à ce qui
s’est fait dans les autres pays.
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