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Ils sont Français,
d’origine étrangère, et ont créé
leur boîte dans l’agglo d’Orléans.
Leurs itinéraires divergent,
avec une constante : tous ont
dû relever leurs manches, deux
fois plus que les Français pure
souche. Aucun ne se pose
en victime mais tous décrivent
des freins, liés à leur couleur
de peau.
La génération “black, beur” s’émancipe
! Environ 30 000 entreprises sont
créées chaque année en France par des
chefs d’entreprise issus de la diversité. Soit
7,3% des créations d’entreprises, selon une
enquête réalisée en 2008 par le ministère de
l’immigration et par l’Agence pour la création
d’entreprises (APCE). Mais l’ascenseur social
connaît encore des freins...
A Orléans, Kenneth Bourienne, 39 ans, a créé
Amani Beauté en septembre 2009, un salon de
beauté multi-ethnique. Née au Congo, elle est
arrivée à Orléans à l’âge de 5 ans et revendique
son métissage culturel : «j’ai été élevée dans la
culture française, Orléans c’est ma ville !» De formation
commerciale, après six ans comme chargée
de développement dans une grande entreprise
agroalimentaire, trois ans dans le secteur bancaire
et la création d’une agence immobilière à
Cléry-St-André, Kenneth Bourienne a enfin
pu lancer le projet qui lui tenait le plus à
coeur : «après avoir fait mes preuves, il était
plus facile de convaincre les banques», témoigne
cette entrepreneuse, mère de famille
mariée à un Français «pure souche». «Mais
la confiance n’était pas présente à 100%. J’ai
été confrontée à des réticences liées au fait que
je suis sur un marché ethno-ethnique. Certains
croyaient que j’allais emmener la racaille dans
la rue ! La population d’origine étrangère
est sous-estimée, trop de monde pense encore
qu’elle ne touche que le RSA alors que les
femmes noires dépensent quatre fois plus en
maquillage et cinq fois plus pour leurs cheveux
que les Européennes.» Kenneth Bourienne
refuse de se poser en victime. Déterminée et
fonceuse, elle a toujours voulu faire tomber les
masques : «je ne veux pas faire l’autruche non
plus, il est évident qu’il faut en faire deux fois plus
pour y arriver. Par moment, j’ai vu du racisme dans
les yeux, mais je suis passée outre, sinon on joue
le jeu d’une minorité.» Aujourd’hui, elle emploie
trois salariées, d’origines différentes pour réunir,
dit-elle, «toutes les beautés du monde». Avec
deux autres projets en gestation : franchiser la
marque et créer une école de perfectionnement,
à Orléans, tournée vers les techniques
de coiffure des cheveux afro et maghrébins : «ce
serait une première et j’ai des demandes de candidates
européennes qui, pour l’instant, ne peuvent
être formées nulle part.»
Rodrigue Pokam, 24 ans, est né au Cameroun
et a décidé, en avril 2008, de s’orienter vers
la création d’entreprise, en profitant d’un hébergement
en pépinière à St-Jean-de-la-Ruelle.
Il développe aujourd’hui sa boutique de décoration
et d’artisanat d’Afrique, notamment par
le biais d’Internet en proposant des ventes en
ligne (decoexotic.com). Il ne cache pas une certaine
amertume avec le sentiment de ne pas
avoir été traité «comme les Blancs» : «J’espère
que les mentalités vont changer et j’ai envie de dire
aux jeunes que tout est possible mais, honnêtement,
mes origines n’ont pas été un atout. Il m’est arrivé
plusieurs fois de faire du commerce par téléphone
et, une fois en face du client, il y avait soudainement
un problème.» Mais Rodrigue Pokam n’a
pas baissé les bras et s’apprête à embaucher un
salarié en septembre.
Mohamed Bajjou, 24 ans, s’est aussi lancé,
à Fleury-les-Aubrais, avec le statut d’autoentrepreneur,
en novembre 2009. Né en France
de parents marocains «qui ne savent ni lire ni
écrire», il a fait de ses origines une force «car j’ai
toujours voulu prouver que j’étais capable». Preuve
que les préjugés ont la dent dure, il a choisi
de gommer son prénom pour «mieux passer»
auprès des clients et il a le courage de le dire
quand d’autres refusent d’en parler : «avant
je n’avais aucun appel, maintenant avec le
bouche-à-oreille je m’en sors.» Ainsi, son entreprise
Services Simo, spécialisée dans la rénovation
d’intérieur, dépassera bientôt le plafond des 32
000€, fixé par le statut d’autoentrepreneur : «fin
juillet je prévois de devenir artisan et d’embaucher
un senior et un jeune.» Seul bémol, selon l’ACPE,
les entrepreneurs issus de la diversité investissent
surtout deux secteurs, la construction
(40%) et le commerce (35%). Preuve qu’il reste
du chemin à parcourir !
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